CORE n’est pas une réponse aux attentes des étudiants !

Le débat sur l’enseignement de l’économie est marqué en ce début d’été par la traduction française du manuel CORE en vue de l’utiliser dans les grandes écoles, notamment Sciences Po Paris, et à l’université. Coordonné par Wendy Carlin, professeure d’économie (UCL), ce manuel en ligne gratuit d’introduction à l’économie est disponible en langue anglaise depuis 2013 et est continuellement mis à jour. Ce projet se propose de renouveler l’enseignement de l’économie à l’université en appliquant dans chacun de ses 22 chapitres l’analyse néoclassique à des problèmes économiques concrets : l’innovation, les politiques macroéconomiques, le marché du travail et les relations de pouvoir qui s’y expriment, les choix publics, l’entreprise, le système bancaire, l’écologie et les inégalités, entre autres. Son adaptation en français est pilotée par Yann Algan, professeur d’économie (Sciences Po Paris).

La communication est bien rodée, le narratif est posé : l’enseignement de l’économie est vu comme trop abstrait par les étudiants, le projet CORE propose donc d'”étudier la réalité“. Au-delà des problèmes épistémologiques liés à une telle ambition, on est en droit de se demander si l’utilisation dans le supérieur de sa version française répond réellement aux critiques étudiantes de l’enseignement de l’économie faites depuis les années 2000 dans le monde entier (ci-joint la lettre ouverte du mouvement international ISIPE – International Student Initiative for Pluralism in Economics, dont PEPS-Economie est co-fondateur). Beaucoup des propositions et ambitions du manuel sont en phase avec ce que nous réclamons, comme un enseignement tourné vers la résolution de problèmes économiques et non pas l’étude des outils pour eux-mêmes, une réelle intégration de l’histoire des faits et de la pensée ainsi que des apports des autres sciences, c’est pourquoi PEPS-Economie a décidé de mener l’enquête en réalisant une étude critique chapitre par chapitre de la version anglaise de l’ouvrage, qui sera publiée cette année.

CORE est-il un manuel fait “pour les étudiants”, à partir de leurs critiques ? Nous tenons à partir des principaux résultats de notre étude grandement nuancer cette affirmation.

Le centre du problème : il n’y a qu’une seule « économie »

Notre premier constat est que ce manuel n’avance pas sur le premier des trois volets de la critique portée autant par les étudiants que de nombreux chercheurs en économie : l’absence de pluralisme théorique. On trouve en effet tout au long du manuel des expressions telles que “​economists think​”, “​in economics we define​”, “​in economics we consider” ainsi que de petits encadrés intitulés “​When economists disagree” (nous soulignons). A les croire, l’analyse économique est consensuelle et a réussi à “dépasser les clivages”. Mais est-il réellement question pour les étudiants de dépasser les divergences entre les plus grands auteurs en économie ? On demande justement à ce qu’on nous les enseigne !

Le risque est de prendre pour argent comptant les théories et méthodes employées par « les économistes », groupe aux contours flous, sans saisir leur origine, leur construction et leurs limites. L’économie est une science sociale, donc traversée par des discussions entre paradigmes mutuellement incompatibles et c’est justement ce qui lui permet d’avancer. Nous voyons donc mal comment il est possible de répondre aux attentes des étudiants en niant l’existence même de la pertinence des débats qui traversent, et ont toujours traversé à la base la discipline. Prétendre à une possibilité de tout fondre dans un même cadre ne peut que mener qu’à une dénaturation des idées. Par exemple, dans l’unité 1 au titre ambitieux de “The capitalist revolution”, on s’attend à une analyse croisée – accessible pour des étudiants en licence – des débats qui ont opposé de grands penseurs du capitalisme. Or les économistes relativement connus qui sont cités se limitent à Smith, Kornai ou Acemoglu. Où sont Marx (dont le livre est utilisé dans la communication autour du projet core), Schumpeter ou encore Polanyi, qui ont tous les trois essayé de caractériser le capitalisme ? Avoir mis “capitalisme” dans le titre de leurs oeuvres les plus connues n’était sûrement pas assez pour que Braudel l’historien et Weber le sociologue puissent contribuer à la discussion, ce qui laisse présager du degré d’ouverture disciplinaire du reste du manuel.

Des ouvertures, oui, mais qui reflètent celles du champ standard : rationalité stratégique et institutions comme “règles du jeu”

Le contenu du manuel reste fondamentalement standard en ce sens qu’il continue à considérer les acteurs économiques comme individuellement rationnels et à situer l’analyse économique par référence au fonctionnement du “marché parfait”.  Sans éléments d’histoire des faits et de la pensée pour donner les origines et motivations d’une telle démarche ni préciser son appartenance à la théorie néoclassique, une théorie parmi d’autres en économie, nous voyons mal comment il est possible de faire autrement qu’accepter et prendre tels quels les concepts présentés.

Cet important travail présente pourtant de vraies pistes d’ouverture théorique et disciplinaire qui doivent être encouragées et mises au coeur de l’argumentation​. On a ainsi la définition suivante de l’économie ​: « l’étude de la manière dont les individus interagissent entre eux et avec leur environnement naturel afin d’assurer leur subsistance, et comment celle-ci peut varier au cours du temps », de l’institution : « les lois et coutumes sociales régissant l’interaction des individus dans la société » ou encore du capitalisme comme “système économique caractérisé par un ensemble d’institutions” (nous soulignons). De telles définitions donnent un point d’entrée riche en débats pour les étudiants qui permet de faire comprendre ce qui oppose les grands courants de pensée, des libéraux aux critiques du capitalisme, et la possible contribution des autres sciences sociales, qui n’ont pas attendu l’économie pour s’emparer de la question.

En fait, ces ouvertures ne rendent compte que des extensions du courant standard lui-même​, ce qui explique par exemple que la notion d’institution ne soit abordée que sous l’angle de la “nouvelle” économie institutionnelle, pas citée en tant que telle. Les institutions ne sont en fait que le cadre dans lequel s’exprime l’homo (toujours) œconomicus : elles fixent seulement des contraintes (des “coûts”) et des incitations (des “gains”). Ainsi le modèle de l’agent rationnel utilitariste est toujours sous-jacent aux raisonnements, qu’on retrouve dans la plupart des chapitres sinon tous;

Quelle réflexivité et quelles méthodologies ?

Malgré les progrès réalisés par CORE, nous maintenons le fondement de notre critique sur le plan du pluralisme théorique. Ce que l’on reproche à l’enseignement en général reste aussi pertinent vis à vis de CORE quant aux positions réflexives et aux approches méthodologiques évoquées.

Sur le plan de la réflexivité, nous le précisions plus haut, les auteurs font le choix de présenter l’économie comme une science unifiée. Ils n’abordent pas les conditions dans lesquelles les analyses ont été développées et n’évoquent qu’à demi-mot (voire moins) les problèmes des hypothèses sur lesquelles ils se basent théoriquement. Ils ne répondent pas à la critique du manque de recul sur la production du savoir qu’ils diffusent. Les rares interrogations d’ordre épistémologique qu’on peut croiser dans le livre souffrent du même problème, livrées hors de tout contexte et mises en périphérie de l’argumentation. On fait ainsi dans le chapitre 1 sentir à l’étudiant à juste titre qu’il est infiniment difficile de saisir des causalités en macroéconomie, ce qui impose de recourir à des expériences naturelles. Cette méthode est-elle récente ? S’impose-t-elle d’elle même ou est-elle finalement propre à une théorie économique en particulier ? Aucune réponse, même simple, n’est donnée à ces questions et l’étudiant.e doit encore une fois se convaincre que c’est la “bonne façon de faire”.

Sur le plan des méthodes de recherche en économie, bien que le manuel ne soit pas un traité méthodologique, deux indices montrent qu’ils n’envisagent même pas la pluralité empirique. D’une part, l’ensemble des études qui sont utilisées ponctuellement pour appuyer le propos sont des statistiques descriptives ou des expériences plus ou moins contrôlées qui cherchent des corrélations. D’autre part, le site de core propose un supplément “doing economics” dans lequel l’accent est porté exclusivement à la quantification. Il semblerait alors que l’ouverture à ce qui ne relève pas de la mesure soit inexistante.

Malheureusement, CORE répond trop partiellement à la critique étudiante

Bien-sûr, ​CORE aborde des thèmes d’actualité, souligne sérieusement l’importance d’enjeux clés comme les inégalités et la question écologique, et c’est une excellente chose​. Il mobilise largement les notions d’institutions et d’amendements du modèle de l’agent rationnel, mais cela ne fait que rendre compte des derniers travaux de l’économie standard. Il n’est en l’état aucunement pluraliste et au contraire entretient une confusion quand à la nature profonde de l’économie : une science sociale en débat. ​S’il est souligné dans le manuel que c’est une science sociale, l’approche de l’homme et de la société évolue peu, alors qu’elle a déjà clés en mains de grandes possibilités d’ouverture théorique et disciplinaire.

Ce manuel a pourtant de bons éléments pour radicalement changer, dans le même nombre de pages, en privilégiant un style plus scientifique à une vulgarisation qui parfois laisse perplexe ainsi qu’à de très longues anecdotes qui souvent prennent finalement plus de place qu’une histoire des faits et de la pensée en bonne et due forme. L’approche thématique est saluée, mais n’est finalement pas très nouvelle ni particulièrement originale, elle ne prendra tout son sens en devenant un cours ​par objet ​que si elle réussit à croiser les approches théoriques et disciplinaires pour décortiquer un problème économique et non simplement à réutiliser les mêmes concepts pour expliquer certains faits stylisés. ​En un mot, on en vient à se demander si les auteurs n’ont pas plus pensé que le malaise dans l’enseignement de l’économie vient de la forme plutôt que du fond.

Appel au rassemblement pour la défense des SES le mercredi 11 avril à Paris

Etudiant.e.s en économie, nous militons depuis 2011 pour un enseignement pluraliste de l’économie dans le supérieur. A ce titre, nous prenons régulièrement en exemple la façon dont les sciences économiques et sociales sont enseignées au lycée. En effet, en étudiant différents objets sous un angle pluridisciplinaire (économie, sociologie et sciences politiques), celles-ci participent au processus de construction de l’esprit critique et par là, du citoyen. Ce processus devrait logiquement continuer, entre autres, dans les formations d’économie, de la licence au master. Pourtant, nos travaux mettent en exergue une déconnexion des enseignements de la réalité économique et sociale qu’ils sont censés étudier.

Alors que l’approche des SES doit être un exemple pour améliorer les cursus d’économie dans le supérieur, la réforme fait craindre au contraire un véritable nivellement par le bas. Baisse du volume horaire des SES en seconde, possible cloisonnement disciplinaire et récupérations politiques des programmes risquent de dénaturer cette matière.

Nous apportons donc tout notre soutien à l’Association des Professeurs de SES (APSES).

Pour en savoir plus vous pouvez suivre sur Facebook la mobilisation et consulter le communiqué de presse de l’APSES.

CNEG – Préconisations de bonnes pratiques pour l’enseignement supérieur en Économie-Gestion

Lors de sa réunion du 20 avril 2017, le Conseil National Economie Gestion a adopté une série de préconisations de bonnes pratiques pour l’enseignement supérieur en économie gestion. Vous les retrouverez ci-dessous ou ici et la pour le communiqué de presse.

Ces objectifs consensuels ont émergé des discussions menées par les différentes parties prenantes au sein du CNEG (Conseil National Économie Gestion). En lien avec les missions que s’est fixé le CNEG lors de sa création. Il s’agit de renforcer l’attractivité des diplômes dispensés dans les domaines de l’économie et de la gestion, tant du point de vue des étudiants que de celui des acteurs pouvant offrir des débouchés professionnels. Il s’agit tout à la fois de faire évoluer les diplômes pour rendre plus efficace l’insertion professionnelle des diplômés, de faciliter l’acquisition de savoirs et méthodes pluralistes et de valoriser les initiatives concourant à promouvoir la filière.

Le CNEG insiste sur l’impérieuse nécessité de mieux prendre en compte l’enseignement dans l’évolution des carrières des enseignants-chercheurs. Aujourd’hui et concrètement, les activités pédagogiques et d’encadrement des diplômes sont insuffisamment valorisées dans le passage du corps des maîtres de conférences vers celui des professeurs des universités. Les bonnes pratiques que nous préconisons ci-après ne peuvent être pleinement mises en place que si ces activités pédagogiques sont véritablement prises en compte dans l’évaluation et le suivi des carrières.

  • Les informations concernant le contenu des enseignements doivent être mieux diffusées. Les syllabus et bibliographies doivent systématiquement être mis en ligne pour être portés à  la connaissance des étudiants comme des recruteurs. Dans cet objectif, il est important que les compétences acquises au sein des formations soient clairement identifiées et diffusées de la même manière que les syllabus et bibliographies. Il est important de veiller à la cohérence des enseignements sur l’ensemble du cursus.
  • Les formations doivent assurer une meilleure continuité entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. En particulier la formalisation mathématique doit intervenir progressivement. Cette formalisation ne doit ni provoquer un obstacle de nature à décourager les étudiants ni aboutir à des enseignements trop abstraits.
  • Le contenu des enseignements doit être initié ou développé par des problématiques contemporaines et concrètes associée à  la compréhension des processus historiques à l’œuvre dans leur émergence (par l’histoire des faits et de la pensée). L’approche par problématique permet à la fois de susciter l’intérêt des étudiants et de contribuer à s’initier à la démarche scientifique. L’acquisition de savoirs rigoureux et pluralistes est ainsi facilitée.
  • Les pratiques pédagogiques permettant de mobiliser des compétences transversales (économie, gestion, techniques quantitatives comme qualitatives, mais aussi recours aux sciences sociales connexes) doivent être encouragées. Il s’agit de promouvoir les cours par objet, les enseignements en lien avec les enjeux économiques contemporains, ou les enseignements conceptuels en lien avec l’actualité économique et sociale. Au- delà, toute pratique pédagogique qui favorise l’efficacité de l’apprentissage des étudiants doit être encouragée. Une démarche par objet, par projet, ou d’investigation permet d’acquérir des compétences utiles dans la formation universitaire mais aussi dans l’insertion professionnelle.
  • Notamment afin d’encourager l’apprentissage des langues étrangères par une immersion totale, la possibilité de prendre une année de césure au cours de la licence comme du master doit être garantie. Au-delà, la mobilité internationale doit être encouragée.
  • La généralisation d’unités d’enseignement libres (UE libres) dans les maquettes doit être encouragée. Ces UE pourraient être validées par des engagements des étudiants dans des associations étudiantes (Junior Entreprises, soutien scolaire par exemple, car elles mobilisent des compétences en lien avec les cursus suivis) mais aussi par le suivi de cours offerts dans d’autres cursus, la pratique d’un sport ou encore l’apprentissage d’une langue étrangère non proposée dans le cursusLes créations de réseau de type « Alumni » doivent être encouragées. Il s’agit de favoriser les rencontres entre anciens étudiants et étudiants actuels. Ces réseaux d’anciens favorisent l’insertion professionnelle.

L’équipe PEPS-économie


Documents à télécharger :

Quelques nouvelles de PEPS et du pluralisme sur Le Monde Campus !

Vous trouverez ci-dessous le lien vers l’inteview de PEPS par Adrien de Tricornot du Monde Campus. Nous en profitons pour faire un court bilan des dernières évolutions du pluralisme et des activités de PEPS.

http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/01/27/maria-roubtsova-l-enseignement-de-l-economie-manque-cruellement-de-pluralisme-dans-le-superieur_5070383_4401467.html

Puisqu’il est tout juste encore temps, toute l’équipe de PEPS vous souhaite une bonne année, pluraliste évidemment.

La négation du pluralisme

Réaction de PEPS-économie au livre de P. Cahuc et A. Zylberberg

Début septembre sortait le livre “Le négationnisme économique”, avec le sous-titre “et comment s’en débarrasser”, de Pierre Cahuc et André Zylberberg, deux chercheurs français connus pour leurs travaux en économie du travail. Un mois et demi après, PEPS-économie revient sur le débat suscité par le livre et les leçons à en tirer.

Derrière cette entreprise de “vérité” sur ce que doit être la science économique, mot d’ordre des auteurs, se trouve en réalité une véritable entreprise de diffamation et d’obscurantisme à l’encontre du pluralisme sous couvert de la légitimité scientifique autoréférentielle de Messieurs Cahuc et Zylberberg ou de leurs soutiens (cf. remerciements à la fin de leur ouvrage). Alors que cet ouvrage a soi-disant pour but d’informer les citoyens que des économistes empêchent à la vérité d’émerger. Or, parler de « la » vérité en tant que telle qui ne serait atteignable que par une seule méthode, c’est se méprendre sur toute conception scientifique et pluraliste. Ainsi avec une seule méthode, celle de l’expérience aléatoire, un seul cadre théorique, celui du courant néoclassique, et l’interdiction de réfléchir à la manière de faire de l’économie et de débattre, sous peine d’être traités de négationnistes, nous sommes bien loin des trois pluralismes (méthodologique, théorique et réflexif) que nous défendons.

Face à cela PEPS-économie n’a, dans un premier temps, pas souhaité réagir, car autant dire qu’à la découverte de ce pamphlet et de son indigence intellectuelle, nous avons voulu lui donner le crédit qu’il mérite, c’est-à-dire aucun. D’autant plus que nous avons estimé qu’il n’était pas dans le rôle de notre association étudiante de commenter l’organisation de la profession ou la scientificité de la science économique. Nous avons déjà suffisamment de choses à faire pour ne pas perdre notre temps à commenter les élucubrations délirantes de deux économistes en manque de notoriété. Tels étaient nos sentiments.

Bien nous en a pris au regard de toutes les critiques en faveur de la défense du pluralisme que ce pamphlet a suscitées tant de la part des économistes et médias “hétérodoxes” que des “orthodoxes”. Sur le caractère malhonnête du livre et le débat général dans lequel il s’inscrit, on trouvera évidemment la chronique du président de l’AFEP André Orléan ou de Christian Chavagneux pour Alternatives Economiques. Ces premières réactions seront suivies par celles d’économistes non directement mis en cause, comme Xavier Ragot (président de l’OFCE), Pierre-Yves Geoffard président de la Paris School of Economics, de Stéphane Ménia (blog éconoclaste), de Philippe Aghion, Jean-Hervé Lorenzi, ou Pierre-Noël Giraud. Sur le plan technique relatif aux expériences en économie, on se réfèrera à l’article d’Arthur Jatteau, ancien membre de PEPS-économie et faisant sa thèse sur le sujet, ou aux propos d’Angus Deaton, prix 2015 d’économie de la banque Suède en l’honneur d’Alfred Nobel. Pour ce qui concerne la neutralité du chercheur, on appréciera le billet de blog du doyen de la faculté d’économie de Poitiers, Olivier Bouba-Olga, par ailleurs partisan habituel du pluralisme méthodologique. Du côté des journalistes, l’appel à ne plus inviter des “négationnistes” à provoquer une pétition de la majorité de la presse. Les “instrumentalisés” professeurs de SES ont eux aussi réagi à cette attaque.

Nous, étudiants, refusons d’étudier et d’évoluer professionnellement dans un climat violent et stérile. Cela fait plus de cinq ans que nous nous mobilisons avec des élèves, associations, enseignants de tous bords, syndicats et organisations patronales malgré les difficultés institutionnelles pour faire vivre le pluralisme dans sa version la plus large et dans tous ses aspects : méthodologique, théorique et réflexif à travers la proposition d’une nouvelle maquette de licence, le développement de formations ou d’instances de réflexion sur l’enseignement de l’économie dans le supérieur.

Le pluralisme dans l’enseignement sous tous ces aspects n’est ni une lubie pédagogique, ni une affaire de querelles théoriques entre chercheurs en économie. Il est avant tout la condition indispensable au développement d’un raisonnement et d’un discours critiques des étudiants, citoyens à part entière, sur le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Au sujet du pluralisme et de l’enseignement, notons d’ailleurs la rassurante chronique dans le journal La Tribune de Céline Soulas et de Christine Sinapi, professeurs au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, discours dont on aimerait la généralisation.

Ce pamphlet aura donc eu au moins un premier mérite, celui de relancer le débat sur le pluralisme. Son deuxième mérite est d’avoir fait sortir de leur discrétion habituelle, une partie, toujours trop faible, de ceux qui ne le défendent publiquement que trop peu souvent. Si la dynamique et les institutions restent identiques, cela risque d’entériner définitivement, faute d’autre possibilité, la scission du monde académique en cours, et ce potentiellement au détriment exclusif des étudiants alors même que l’enseignement supérieur dans sa totalité est en proie à d’importantes difficultés. En effet, ce n’est pas uniquement lorsque l’obscurantisme émerge au grand jour que l’on doit se battre, mais au quotidien avec toutes les bonnes et sincères volontés. Une prise de parole momentanée ne résoudra pas les profondes crises de l’enseignement en économie dans le supérieur. C’est pourquoi PEPS-économie appelle l’ensemble des enseignants, journalistes, professionnels et surtout des étudiants à se mobiliser et à nous rejoindre dès maintenant pour défendre le pluralisme et l’esprit critique dans l’enseignement supérieur en économie !

Sur le livre

Ce livre a pour objectif principal de montrer au “grand public” comment de “faux savants” participent à la désinformation des citoyens et des politiques en défendant des théories qui iraient contre une série de vérités démontrées scientifiquement par les chercheurs en économie grâce à la méthode dite expérimentale venant de la médecine et des sciences “dures”. Seraient ainsi des vérités scientifiques, l’inefficacité des 35h sur la création d’emplois, l’impact négatif du salaire minimum en France ou encore l’inutilité des politiques de mixité sociale à partir de l’âge de 13 ans (âge limite cité par les auteurs, on s’interrogera sur cet effet de seuil). Pourtant ces thèmes font l’objet de nombreuses discussions tant chez les politiques que chez les économistes et autres médias décriés par nos deux auteurs : économistes de l’AFEP et des atterrés, Alternatives économiques ou encore à titre individuel Gaël Giraud et Steve Keen. Remarquons que ces questions font aussi l’objet de nombreux débats chez les économistes dits “orthodoxes” qui bien que n’étant pas nommés explicitement dans le livre, se retrouvent, si l’on suit nos deux auteurs, logés à la même enseigne du négationnisme et de la fausse science que les hétérodoxes, puisqu’eux-mêmes, comme l’écrasante majorité des économistes, n’utilisent pas ou que très peu la méthode expérimentale dans leurs travaux. Alors que nos deux auteurs revendiquent le fait que le consensus est le meilleur moyen de connaître la scientificité d’une théorie. Leur argument se retourne contre eux…

Après un passage par le point Godwin avec l’usage bien choisi du terme de “négationnisme” et une référence à l’Union soviétique, car les économistes hétérodoxes visés sont majoritairement classés à gauche, les auteurs se livrent ainsi à un (long) laïus présentant ces fameuses études expérimentales. Puis il se termine par un retour au point Godwin, en nous offrant des solutions sur comment se débarrasser de ces fameux négationnistes. A l’occasion, les professeurs de SES sont considérés comme étant instrumentalisés et tout le grand patronat industriel (Louis Gallois et Jean-Louis Beffa notamment) comme des pseudo-experts naufrageurs. Quant aux journalistes économiques, ils sont accusés de faire la part belle aux négationnistes en n’invitant pas de “vrais” scientifiques. Autrement dit, si vous n’êtes pas un économiste qui pratique l’économie expérimentale et qui publie dans certaines revues académiques, vous n’avez pas voix au chapitre. Pour le débat citoyen et politique des décisions économiques, on repassera !

Diverses réactions

Revue de presse AFEP
http://assoeconomiepolitique.org/florilege-autours-des-deb…/

Interview d’André Orléan dans Marianne
http://www.marianne.net/andre-orlean-evoquer-negationnisme-…

Article sur Walras de Christian Chavagneux dans AlterEco+
http://www.alterecoplus.fr/…/walras-le-negationnis…/00012168

Arrêt sur images
http://www.arretsurimages.net/…/Economistes-un-negationnist…

Les echos, cinq économistes
http://www.lesechos.fr/…/0211273995035-la-science-economiqu…

Jean-Marc Vittori
http://www.lesechos.fr/…/0211278860019-une-science-economiq…

Tribune Politis
http://www.politis.fr/…/negationnisme-economique-la-repons…/

Les echos
http://www.lesechos.fr/…/0211323122801-finance-les-approxim…

Enseigner le pluralisme (ESC)
http://www.latribune.fr/…/enseigner-le-pluralisme-en-econom…

Olivier Bouba Olga
http://blogs.univ-poitiers.fr/…/petites-reflexions-sur-la-…/

Jean-Marie Harribey
http://leseconomistesatterres.blogs.liberation.fr/…/lecono…/

Econoclaste
http://econoclaste.org.free.fr/econoclaste/…

Dossier du Centre de Sociologie des Organisations
http://www.cso.edu/dossier.asp?do_id=32

Soutenez Alternatives économiques
http://www.alternatives-economiques.fr/vous-aussi–soutenez…

Section « Institutions, économie, territoire et société » : une perspective intéressante pour le pluralisme dans l’enseignement de l’économie

Communiqué de PEPS-Economie sur la nouvelle section

Disponible en version PDF (qui contient des notes de bas de page supplémentaires)

L’information selon laquelle serait créée une nouvelle section CNU intitulée « Institutions, économie, territoire et société » (ou section 78) et la tournure prise par le débat, notamment dans les médias , nous conduisent à prendre position en tant que collectif d’étudiants en faveur du pluralisme dans l’enseignement de l’économie.

L’enseignement des sciences économiques ne saurait nous satisfaire car il ne laisse, en l’état actuel, quasiment pas de place aux trois pluralismes (théorique, réflexif et disciplinaire) que nous défendons. Nous l’avons largement démontré avec le collectif PEPS-Economie en France et dans le monde avec l’International Student Initative for Pluralism in Economics (ISIPE) . La configuration institutionnelle de l’enseignement de l’économie n’a pas montré jusqu’à présent d’évolution dans le sens du pluralisme, malgré nos nombreux appels et contributions au débat .

Plusieurs rapports, en 1999 , 2001  et 2014 , ont souligné avec raison les nombreux défauts de l’enseignement des sciences économiques dans le supérieur, au premier rang desquels le manque de pluralisme(s). Tous concluaient à la nécessité de faire évoluer cet enseignement. Pourtant, depuis quinze ans, force est de constater que rien n’a fondamentalement changé, comme le reconnait lui-même Alain Ayong Le Kama, le président de la section 05 « Sciences économiques » , à qui nous renouvelons notre appel afin de travailler en commun dans le but de développer le pluralisme dans les enseignements d’économie.

Dans ces conditions, PEPS salue l’intention du ministère de créer la section « Institutions, économie, territoire et société », qui pourrait permettre des avancées concrètes en faveur du pluralisme dans l’enseignement de l’économie.

Nous espérons vivement que l’existence de cette nouvelle section contribuera à l’expression d’une plus grande diversité de courants théoriques, ce qui sera, pour les étudiants, source d’ouverture d’esprit et de stimulation intellectuelle. Plus encore, le nom de la nouvelle section lui-même démontre une volonté de s’ouvrir à d’autres disciplines, notamment les autres sciences sociales. Enfin, au-delà des approches théoriques et disciplinaires, nous attendons de cette nouvelle section qu’elle puisse favoriser la diversité des méthodes enseignées aux étudiants en économie (histoire de la pensée économique, histoire des faits économiques et sociaux, épistémologie…).

En  faisant une plus grande place au débat et à la diversité des approches théoriques, disciplinaires et conceptuelles, la création d’une nouvelle section CNU intitulée  « Institutions, économie, territoire et société » nous semble de nature à favoriser le pluralisme. Nous veillerons à ce que les possibilités ainsi ouvertes se concrétisent rapidement dans les enseignements.

Rapport Hautcœur : la réaction de PEPS

Communiqué de Presse

Rapport Hautcoeur :
Le Collectif PEPS-Économie demande
une mise en place des recommandations dès la rentrée 2014
et fait des propositions pour aller plus loin.

Pierre-Cyrille Hautcoeur, président de l’EHESS, a remis jeudi 5 juin 2014 à Mme Fioraso son rapport sur “L’avenir des Sciences Economiques à l’Universités en France”. Le Collectif PEPS-Économie (Pour un Enseignement Pluraliste dans le Supérieur en Économie), qui défend depuis 2010 une transformation de l’enseignement de l’économie pour plus de pluralisme, se félicite, globalement, des propositions relatives à l’enseignement de l’économie que formule le rapport.

La commission a pris en compte les critiques de l’enseignement de l’économie portées par le collectif PEPS-Economie en France, ainsi que par l’International Student Initiative for Pluralism in Economics, dont le Collectif PEPS est à l’origine. Cependant, le Collectif PEPS restera extrêmement vigilant quant à l’application des mesures proposées.

Dans ce but, et en réponse au rapport, le Collectif PEPS formule des propositions concrètes, qui devront mobiliser l’ensemble des acteurs concernés et notamment la Secrétaire d’Etat Mme Fioraso, le Professeur Hautcoeur, l’AFSE et l’AFEP autour d’un projet commun pour 2014 :

 1 – Diffuser largement et mettre en oeuvre le modèle de la Licence PEPS-Économie

 2 – Prendre les mesures indispensables à une réforme de l’enseignement de l’économie, notamment la remise à plat du référentiel de compétences

3 – Mettre en place dès la rentrée un comité de suivi au rapport Hautcœur dans le cadre des accréditations des formations 2015-2016

Le détail de ces propositions est disponible dans le document joint intitulé “Vers un enseignement pluraliste de l’économie. Analyse du rapport Hautcoeur et propositions concrètes pour une action immédiate”.