Tribune dans Le Monde

Voici notre tribune paru dans Le Monde le mardi 2 avril 2013. Elle est également disponible sur le site du quotidien :

La crise de l’économie est une crise de l’enseignement de l’économie

Étudiants en économie, nous nous intéressons au monde qui nous entoure. Or l’enseignement que nous recevons est étrangement déconnecté de l’histoire qui s’écrit sous nos yeux.

De cette insatisfaction est né en France le collectif étudiant PEPS-Economie, qui se mobilise “Pour un enseignement pluraliste de l’économie dans le supérieur”. D’autres mouvements similaires ont vu le jour de par le monde (Canada, Etats-Unis, Allemagne, Israël, Chili, Uruguay, Argentine…).

Afin de mesurer l’ampleur du problème de l’enseignement de l’économie dans l’enseignement supérieur, et particulièrement à l’université, nous avons mené un grand travail d’enquête en recensant les programmes et curriculae de toutes les licences d’économie en France. Nous en tirons un triple constat, qui est à la base de notre désarroi : un manque de recul critique criant, un repli de l’enseignement sur une portion congrue de la discipline économique, et un isolement à l’égard des autres sciences sociales.

Durant les trois premières années d’enseignement, l’histoire de la pensée et des faits économiques n’est ainsi enseignée que très marginalement (moins de 1,7 % des cours proposés).

Le recul offert par une perspective historique est pourtant fondamental, ainsi que le soulignent des économistes comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz. Pire : une seule licence en France propose un cours d’épistémologie, qui analyse les fondements scientifiques de la discipline, question ô combien importante en économie.

L’infime place concédée aux problèmes économiques contemporains (1,6 %) confirme enfin la difficulté à faire le lien entre enseignements théoriques et réalités concrètes. Pour le dire clairement : l’enseignement de l’économie à l’université ne parle presque pas de ce qui se passe dans le monde. C’est aberrant.

Cette absence de questionnement sur l’histoire et les méthodes de cette discipline est aggravée par l’absence de pluralisme théorique. Malgré la diversité des approches existantes, les cursus actuels font la part belle à l’école dite “néoclassique” et à ses différentes branches contemporaines (nouveaux classiques, nouveaux keynésiens, nouvelle microéconomie…), au point de favoriser la confusion entre science économique et économie néoclassique.

Or les récents événements ne permettent pas de déceler une quelconque supériorité scientifique de cette approche. Nous souhaitons que la théorie néoclassique soit pleinement enseignée, mais au même titre que d’autres écoles de pensée, aussi dynamiques que stimulantes (théorie de la régulation, économie écologique, économie complexe, économie postkeynésienne, école autrichienne…).

Enfin, l’isolement disciplinaire sclérose la réflexion. Les autres sciences sociales sont absentes des cursus universitaires en économie. Ce repli est d’autant plus préjudiciable qu’un problème économique est également un problème social et politique.

L’économie telle qu’elle est enseignée a tendance à se satisfaire de méthodes quantitatives qui, si elles sont indispensables, aboutissent à la production d’un savoir parfois trop simpliste malgré sa sophistication technique. L’idée n’est pas de remplacer les mathématiques et les statistiques, mais de ne pas se priver des outils complémentaires nécessaires à la compréhension de phénomènes complexes.

Nous revendiquons donc un triple pluralisme.

Pluralisme critique d’abord : il est fondamental d’offrir aux étudiants un recul sur la discipline elle-même, notamment à travers l’enseignement de l’épistémologie et de l’histoire de la pensée et des faits économiques.

Pluralisme théorique ensuite : les différentes écoles de pensée doivent être enseignées avec rigueur afin de promouvoir une émulation scientifique entre ces courants théoriques et d’offrir une pluralité de vues aux étudiants.

Pluralisme disciplinaire enfin : l’économie est une science sociale. Pour rendre compte de dynamiques complexes, les disciplines voisines de l’économie offrent des approches et des outils d’analyse féconds.

Refusant de rester inactifs, nous avons pris appui sur notre analyse critique pour être force de proposition. Nous avons élaboré une maquette alternative d’enseignements en licence d’économie, fondée sur ce triple pluralisme et l’envie de croiser les apports des différentes approches. Nous proposons ainsi une problématisation par objets, organisée autour de grands thèmes, à l’instar de ce qui se faisait dans les cours de sciences économiques et sociales dans l’enseignement secondaire.

L’enseignement de l’économie est un enjeu démocratique. Nos sociétés ont besoin d’économistes capables d’imaginer des politiques diverses, de contribuer au débat public en diffusant les éléments de réflexion nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté éclairée, afin que tous puissent se forger un avis.

Aujourd’hui l’enseignement de l’économie ne le permet pas, et l’urgence et la persistance de la crise que nous traversons impose de le refonder.

Publication dans L’Économie politique

Voici le texte paru dans le numéro d’avril 2011 de la revue L’économie politique. C’est une version étendue de notre manifeste paru en février 2011 dans Alternatives économiques ou nous développons nos idées et nos revendications.

Pour un pluralisme dans l’enseignement de l’économie

Les interrogations, critiques et appels effectués depuis une dizaine d’années par des étudiants en économie de tous horizons sont étonnamment similaires. Ils traduisent l‘expression d’un ennui profond, d’une absence de réflexivité, d’enseignements conçus comme un recueil de modèles et de techniques, issus d’un corpus théorique dont la domination académique sert à justifier la standardisation des formations.

Lire la suite en téléchargeant la version pdf.

Ils parlent des États Généraux !

L’alléchant programme des États Généraux de l’Enseignement de l’Économie dans le Supérieur mobilise déjà, avant même le début d’une campagne de presse que l’on annonce tonitruante.

L’événement est relayé sur les réseaux sociaux, ainsi que sur différents blogs et sites institutionnels dont celui de Gilles Raveaud, le site de l’Institut pour le Développement Économique et social, et la plate-forme Hypothèses “Sociologie Économique” du RT12 de l’Association Française de Sociologie.

N’hésitez pas à faire passer le message, et rejoignez-nous sur Facebook et Twitter !

Les étudiants de PEPS-Économie

Etats Généraux de l’enseignement de l’économie dans le supérieur

N’hésitez pas à télécharger la version pdf du programme pour le diffuser.

Le samedi 6 avril prochain dans l’amphi Furet de l’EHESS (105 boulevard Raspail, Paris 6e, pour les infos pratiques, cliquez ici), nous organisons des Etats Généraux de l’enseignement de l’économie dans le supérieur. La journée se déroulera en deux temps : la matinée sera consacré à un état des lieux et une critique de l’enseignement de l’économie; durant l’après midi,  les débats se centreront autours de notre proposition de maquette d’enseignement.

De 10H à 12H30 : table ronde – “Etat des lieux et critiques de l’enseignement de l’économie dans le supérieur”

Présentation de la cartographie des enseignements de l’économie en licence réalisé par les étudiants de PEPS-Economie.

Participants :

  • Julie Dayot, étudiante et Arthur Jatteau, doctorant, membres de PEPS-Economie,
  • Bernard Chavance, économiste à Paris 7 et membre de l’Association Française d’Economie Politique (AFEP),
  • Igor Martinache, enseignant de SES et membre de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES),
  • Dominique Plihon, économiste à Paris 13 et membre des Economistes atterrés.

Pause déjeuner.

De 14h à 16h30 : table ronde – “Vers un nouvel enseignement de l’économie”

Présentation de la maquette d’enseignement de l’économie pour les trois années de Licence réalisée par les étudiants de PEPS-Economie

Participants :

  • Louison Cahen-Fourot et Arthur Jatteau, doctorants et membres de PEPS-Economie,
  • Igor Martinache, enseignant de SES et membre de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES),
  • Pascal Combemale, enseignant de SES en classe prépa,
  • Julien Fretel, professeur de Science Politique et président de l’Association des Enseignants-Chercheurs en Science Politique (AECSP),
  • Etienne Wasmer, professeur d’économie à Sciences-Po,
  • Gilles Raveaud, économiste à Paris 8 et membre de l’Association Française d’Economie Politique (AFEP).

17h : Conférence de presse

Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux

PEPS sur Facebook

Les États-Généraux sur Facebook

PEPS sur Twitter

Ouverture du site PEPS-Économie

Version 2.0 du site du mouvement Pour un Enseignement Pluridisciplinaire dans le Supérieur en Économie (PEPS-Économie).

Vous y trouverez nos revendications et propositions pour changer l’enseignement de l’économie dans les institutions scolaires post-bac, ainsi que nos différentes publications, et le programme de nos États Généraux à venir (le 6 Avril).

Publication dans Alternatives Économiques

Ce texte , également disponible sur le site de la revue, est paru dans le mensuel Alternatives Economiques n°299 en février 2011. Une version complète est également disponible en pdf.

Pour un enseignement pluraliste de l’économie

Nous sommes des étudiants en économie et nous sommes mécontents de l’enseignement de cette discipline. Plusieurs appels, lettres ouvertes et pétitions ont déjà été lancés à ce sujet depuis dix ans, prouvant le caractère durable de ce malaise, sans jamais susciter de profonds changements. Depuis le début de nos études, force est de constater que notre connaissance des mécanismes de l’économie ne s’est pas réellement accrue. En ce qui concerne, par exemple, la crise économique mondiale, les outils qui nous sont enseignés ne nous permettent pas de l’appréhender. Et les cours dispensés ne se sont pas adaptés à la nouvelle situation. Cette crise est donc également celle de l’enseignement de l’économie.

Ouverture

Il est nécessaire d’intégrer un plus grand pluralisme à nos formations. La théorie néoclassique ne doit pas rester l’unique pilier des enseignements. L’épistémologie, l’histoire de la pensée économique et celle des faits économiques doivent acquérir une place beaucoup plus importante. Enfin, le dialogue avec d’autres sciences humaines et sociales doit être systématisé. Des objets aussi divers que le chômage, les inégalités ou encore les choix de consommation sont par nature pluriels et ne peuvent être abordés que de manière transversale.

Mobilisation

Il ne s’agit pas de rejeter l’apport des mathématiques, de la modélisation ou des méthodes statistiques. Nous souhaitons simplement acquérir la maîtrise d’outils complémentaires, permettant de comprendre pleinement les phénomènes économiques. Nous invitons donc tous les étudiants qui partagent ces questionnements à nous rejoindre, afin de nous mobiliser pour un enseignement pluraliste en économie dans le supérieur.